Ce billet est une introduction aux principes de l’effectuation. J’y présente ce qu’est l’effectuation, les 5 principes, ainsi qu’une courte comparaison avec le Lean-Startup et le Design Thinking

Introduction
J’ai découvert l’effectuation au cours d’un MOOC de Philippe Silbersahn consacré au sujet et sous-titré “les principes de l’entrepreneuriat pour tous”. C’est ce qui m’a interpellé, puis ne pouvant suivre son cours intégralement mais accro au sujet, j’ai fini par acheter son livre et le lire avec le plus grand intérêt.
Qu’est-ce que l’effectuation?
Le Larousse définit l’effectuation comme une “action par laquelle une chose advient à la réalité ». Et selon wikipedia : « L’Effectual correspond à une rationalité qui s’oppose au mode causal ou prédictif ». L’Effectuation est un paradigme pragmatiste du management. Partant de la question de recherche « quel est le processus de décision des entrepreneurs ayant réussi ? En 2001, la chercheuse Saras Sarasvathy apporte un éclairage nouveau quant à la manière de concevoir le processus de prise de décision de l’entrepreneur. »
Saras Sarasvathy a étudié la façon dont fonctionnent les entrepreneurs. Qu’ont-ils en communs? Ont-ils tous commencé avec une idée faramineuse? N’ont-ils pas de peur du risque? Sont-ils des visionnaires ou des experts en prédictions?… Rien de tout ça! Ils sont comme nous tous. Ce qui en ressort est surtout lié à la façon dont ils ont vécu leur histoire entrepreneuriale : l’effectuation
Quelle différence y-a-t-il entre logique causale et effectuale?
Dans la logique causale, il faut définir un but et déterminer les moyens pour l’atteindre.

En effectuation, il s’agit d’évaluer ses moyens et imaginer des buts possibles.

Les 5 principes
Principe 1 : Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras
Logique Causale
Je veux créer une société de vente de produit bio, je dois trouver des producteurs, trouver un local, faire de la pub pour faire venir les clients, …

Logique Effectuale
Dans mon ancien boulot, j’ai pu faire un réseau de producteurs bio, l’un d’entre eux peut me prêter un local (patchwork fou), il a déjà des clients qui viennent directement chez lui, je peux monter une société de produits bio.

En fait, vous partez des moyens dont vous disposez:
- Qui vous êtes?
- Ce que vous connaissez?
- Qui vous connaissez?
Principe 2 : La Perte acceptable
Définissez-vous des seuils. Tout comme en agile, on utilise des boites de temps (time boxing) et une forme de rétrospective. Fixez-vous des limites, de temps, d’argent, et faîtes le point une fois à échéance. J’essaye pendant un an et je vois où j’en suis. Ou j’ai 3000€, qu’est-ce que je peux faire avec. Certains ont commencé avec moins que ça.

Qu’êtes-vous prêt à perdre?
- La perte acceptable permet de contrôler votre risque
- Refaites le point à chaque étape
- Ne perdez pas de temps à estimer les gains possibles de manière précise
Principe 3 : Le Patchwork fou
C’est le principe que je vois le plus souvent en action. Lors d’une conférence, chacun des 5 speakers a exposé son histoire semée de rencontres qui ont eu un impact sur leur acte entrepreneurial. Qu’il s’agisse d’une association, d’un premier client, d’une rencontre avec un expert,… Cette relation s’étant transformée en engagement du tiers dans l’entreprise. Le principe découle des probabilités :

- Un Puzzle a forme finale est connue à l’avance. Espace fini, solutions finies.
- Le Loto, c’est de la probabilité dans un espace fixe, la probabilité reste figée par le nombre de boules. Espace fini, solutions non connues mais bornées finies.
- Le Patchwork fou : c’est l’émergence de la forme en fonction des pièces. Espace infini, solutions infinies.
Donc:
- Ne perdez pas de temps à tout planifier
- Construisez votre projet en suscitant l’engagement de parties prenantes
- Déterminez avec elles la direction de votre projet
- Co-construire l’avenir (Tiens, on dirait du Agile with Guts!)
Principe 4 : La limonade
C’est un peu en lien avec le premier principe, notamment sur ce que vous connaissez. Ici c’est ce que vous avez et surtout ce qui vous tombe dessus. En agile, on peut se rapporter au fameux Embrace change de Kent Beck. En fait, l’idée part du dicton : ” si la vie t’apporte des citrons, fais en de la limonade”.

Sachez profiter des opportunités qui s’offrent. Ne soyez pas bornés sur une route, sachez envisager des changements de vision. Là est la différence fondamentale que j’y vois avec l’agilité qui est focalisée produit sur une vision. En résumé:
- Tirez parti des surprises
- N’essayer pas de vous protéger de tous les risques : cela a un coût
- Regardez les surprises comme une ressource
Principe 5 : Le pilote dans l’avion
Ce principe est un peu plus complexe, parce que plus global. Il parle du contexte entrepreneurial en supposant que l’on peut le changer. En fait, l’effectuation ne le suppose pas, elle dit qu’il faut le faire. Il s’agit de changer son environnement pour l’adapter au projet. Comme le font les lobbyistes d’ailleurs. Comment vendre un produit, facile, y a qu’à faire passer une loi, monter une boite et faire en sorte d’avoir les bons accord de marché, hop, vous avez en plus le monopole. Ça ne vous dit rien? l’écotaxe et écomouve, le traité transatlantique, ou les voitures sans permis Ligier, copain de Mitterrand à l’époque …

- Regardez l’environnement comment il pourrait être et pas comment il est ou les autres le voient
- L’avenir dépend de ce que chacun fait.
- Il n’y a pas d’évolution inévitable, l’avenir n’est pas écrit
Effectuation, Lean Startup et Design Thinking.
Le Lean Startup se focalise sur le produit, l’effectuation se focalise sur l’acte entrepreneurial lui-même. Les deux sont complémentaires. Je dirai que l’effectuation permet de dédramatiser l’acte entrepreneurial, de ne pas avoir peur de se lancer, puis il est possible d’appliquer le Lean Startup pour vérifier ses hypothèses ensuite. Quant au Design Thinking: L’effectuation voit le marché comme un processus de découverte, de création, puis de transformation. Une idée entraîne plusieurs opportunités. Le Design Thinking parle d’idéation : divergence / convergence. De phases itératives et de prototypages.
Voilà, après cette brève introduction, vous pouvez vous lancer et monter votre boite!
Sinon, pour plus d’information sur le sujet, je vous renvoie sur le blog de Philippe Silberzahn. Son livre est truffé d’exemples, d’histoires fascinantes, très facile à lire et passionnant. Ou le site en anglais : http://www.effectuation.org/
Article publié initialement le 8 septembre 2014
